Lettre ouverte

Chère humidité,

Aujourd’hui, je prends enfin le temps de t’écrire, après 10 mois.

Dix longs mois que j’ai passé en ta compagnie et c’est le temps qu’il m’a fallu je pense pour trouver mes mots…

Aujourd’hui, tu as dépassé les bornes des limites, comme Maurice. J’ai toujours été bien avisée que tu ferais partie de cette aventure que serait ma vie à Bali, mais je n’aurais jamais pensé que tu te permettrais de t’immiscer si loin dans ma vie.

Quand je suis arrivée la première fois à Bali, tu m’as directement sautée au visage et j’avoue que c’était une sensation presque plaisante. Chaleur et moiteur, après tout, c’est ce que j’étais venue chercher. Durant mon périple sac au dos, j’ai bien compris que ce ne serait pas simple de cohabiter, mais je savais aussi que finalement, tu faisais partie du paysage et donc du charme du voyage. Tu ne m’as pas vraiment trop posé de problèmes. Du moins, pas insurmontables..

De retour en Suisse, je me suis retrouvée sans toi, et j’avoue, tu m’as manqué. Cette sensation qui m’envahit la gorge quand je te rencontre, et cet aspect luisant que tu donnes à ma peau. Enfin, disons que ce n’est pas ce qui me manquait le plus, mais vu la peau de crocodile que j’ai développé en peu de temps après mon retour, un peu comme une maladie inquiétante, j’ai compris que je m’étais habituée à ta présence et que tu avait un impact directe sur mon corps.

De retour à tes côtés, pour un peu plus longtemps cette fois, j’ai appris à te connaître. Tes bons côtés, car oui, tu as des qualités, peu importe ce que les gens pourront te dire.
J’aime l’impact que tu as sur la nature et comme tu la rends plus verte, plus vivante. J’aime aussi cette brume que tu crées au petit matin et qui envahit Bali comme une couverture de nuage mystérieuse.
Sans toi, le paysage serait complètement différent, soit bien consciente de cela. Prend conscience de ta capacité à rendre la nature plus belle et verdoyante. On ne peut pas te l’enlever.

J’ai aussi entendu que certains avaient développé un appareil permettant de « t’emprisonner » et de te transformer en eau potable. Tu as donc un réel potentiel de changer les choses dans le monde. En d’autres termes, tu es indispensable. Ca je l’ai bien compris.

Ce qui m’amène pourtant à t’écrire aujourd’hui, c’est que j’ai besoin de mettre des mots sur ce que je ressens pour toi et tes mauvais côtés aussi.

Aujourd’hui, tu as détruit mes écouteurs.

Et ça… j’ai de la peine à l’avaler… non pas parce que je suis matérialiste comme fille, ou qu’ils coûtaient chers, ou encore parce que c’était de la vraiment bonne qualité…

Non.

Plutôt, parce que ce n’est pas la première fois que tu, par jalousie ou je ne sais pour quelles raisons, t’appropries mes objets…

Il y a eu bien sûr mes habits… que tu rends sale, qui sentent mauvais après ton passage, je devrais plutôt dire, tes passages répétés… Même si ils reviennent de la lessive… et même si je met des petits sachets dans mon armoire… tu arrives quand même à te les approprier.
Alors, je les re- lave… et puis, je les re-re-re-lave. Et puis, rien n’y fait, tu es toujours là, après quelques temps.
Alors, je n’en ai plus beaucoup. Et je fais un tournus avec ce que j’ai. Plus rapide, plus économique et moins de temps passé devant l’armoire… n’empêche…

Et puis, il y a eu mes chaussures, mes ceintures, mes objets… le cuir surtout, que tu sembles par-dessus tout apprécier et que tu t’empresses de gober avec une voracité impressionnante.

Le papier, que tu fais gondoler.

Le métal que tu fait rouiller.

Mon ordinateur que tu fais buger. Même si il résiste avec bravoure à tes attaques.

Mon téléphone que tu as achevé. Paix à son âme. 

Et puis, il y a les murs de ma maison que tu fais craquer, gondoler. Rien ne semble te résister, pas même le béton.
La faute à la construction? Je ne sais pas. En fait, je m’estime assez chanceuse, parce que chez mes voisins, que tu sembles connaître depuis plus longtemps que moi, je le comprend bien, tu t’es installée. De manière durable apparemment.
Ils ont l’air résigné.

Je les comprend. Que faire?

Quand j’essaie de te nourrir avec des petits sachets exprès pour toi, tu sais les même qu’on trouve dans les sacs ou les chaussure neuves, tu semble quand même préférer ce paquet de biscuit que j’ai laissé sur le buffet 30 minutes seulement…

Je ne compte plus les fois où j’ai pesté contre toi.

Et puis, les écouteurs.
Là, c’est le pompon comme on dit! Tout y est passé! L’électronique, mais aussi le câble en plastique, et puis le cuir des écouteurs eux-mêmes. Tu ne leur a vraiment pas laissé une seule chance.

Alors j’espère que ce sacrifice, presque animal, te satisfera pour un moment et que tu puisses l’accepter comme une offrande, faite à contre-volonté je l’avoue, mais qui signifie tant pour moi.

Et puis, j’espère que tu ne prendra pas cette lettre contre toi, encore une fois, je pense que tu as aussi énormément de qualités, comme ce volume que tu donnes à mes cheveux… (wohaou). Mais, j’avais besoin de te dire ce que j’avais sur le coeur aujourd’hui.

Bien à toi

 

Chantal, propriétaire des écouteurs, et de tout le reste. Tu sais.

 

Ps: j’ai toujours un peu de peine à comprendre ce qui te fais préférer certaines matières à d’autres…. ne me dis pas que c’est le prix quand même?? Plus c’est cher, plus il te le faut?

 

 

 

Auteur : whynotcoconutbali

27ans (et toutes mes dents!), la vie sous les palmiers dans l'Est de Bali!

4 commentaires

  1. Rooooo lala, les écouteurs ça c’est vache !
    Sans plaisanter c’est vrai que c’est dur, mon père à vécu en Guyane et c’était pas mal humide là-bas aussi il n’en pouvait plus surtout pour les vêtements. Je crois que si les voisins supportent mieux c’est parce qu’ils ne connaissent pas d’autres climats, quand on ne sait pas on accepte mieux et puis ils ont l’habitude aussi (je suis bête).
    Bien écrit en tout cas, comme une offrande 🙂 peut-être que ça va aller mieux maintenant ! 😉

    Aimé par 1 personne

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