Visages du passé

Parce qu’en me mariant (tout bientôt) avec Agus, je me marie aussi avec Bali, avec une île, un village, une histoire, une culture et des habitants.
Et ceux qui me connaissent savent que j’aime l’Histoire. Celle des lieux, celle des gens… je suis curieuse, je veux savoir et je veux pouvoir transmettre plus tard.

Le problème ici, c’est qu’il y a peu d’écrits… l’Histoire de Bali, qui est assez récente quand on parle du tourisme comme ici par exemple, c’est les gens. Alors il faut aller les rencontrer, leur parler. Je vous propose ici de rencontrer ceux qui ont vu, ceux qui ont vécu. Tout n’est peut-être pas exacte et puis après tout tant pis, c’est d’abord un partage.

 

Rencontre avec Nyoman Maria.

Elle est petite avec les cheveux rasés, une petite femme au grand sourire, qui parle lentement, un très bon anglais avec parfois un accent allemand, un langage qu’elle a appris au fil des années.

On l’a rencontrées dans le restaurant de son homestay, un soir après mangé. Je lui ai demandé si elle pouvait me parler du passé et ses petits yeux se sont illuminés…

Nyoman Maria et son mari sont les premiers propriétaires de bungalow permettant d’accueillir des touristes à Sengkidu, en 1987.

Ils ont construit tout d’abord 2 chambres, sous forme de petits bungalows et un restaurant, sur un terrain, au bord de la mer, qui appartenait déjà à son grand-père. Il n’y a alors aux alentours, qu’un warung (restaurant local) et un petit magasin.
Le reste n’est que champ de bananiers et cocotiers.
De son terrain Maria nous dit qu’elle pouvait les vaches dans le champ d’à côté. On a de la peine à se rendre compte puisque c’est aujourd’hui, un gigantesque complexe hôtelier de luxe.

Elle nous raconte qu’à l’époque, les plages étaient grandes et belles. On pouvait marcher de Buitan jusqu’à Candidasa (Samuh), les pieds dans le sable.

Le premier touriste qu’elle et son mari on accueillit, voyageait en moto, seul, et venait d’Australie. Elle ne se souvient pas de son prénom, mais elle se souvient qu’il lui avait offert un wok pour cuisiner. A l’époque, pas d’électricité et pas de gaz. On cuisine au feu de coques de coco et on s’éclaire à la bougie ou aux lampes à huile.

Elle communique avec lui en anglais, parce qu’elle l’a appris à l’école et qu’elle adorait ça. Elle raconte que quand elle voyait des touristes en étant adolescente, elle les abordait toujours pour s’exprimer en anglais et savoir d’où ils venaient.
Parce que oui, des touristes il y en avait déjà, mais pas comme maintenant… rien n’était comme maintenant.
Quand elle a ouvert son homestay, il n’y avait pas de route. Que des cailloux et de la poussière.

En fait, au début, ils voulaient faire un commerce de location de voiture et puis ils ont eu l’idée de construire des bungalows. Avec un petit budget… 2’500’000 rupiah, soit environ 190.-CHF aujourd’hui, mais une fortune à l’époque !!

Et les chambres se louaient 4’000 rupiah… 0,30.-CHF

Il existe déjà un hôtel à Candidasa, plus loin sur la grande route, mais rien d’autre. C’est le début. Et ça marche bien pour elle et son mari. Jusqu’en 1991, c’est le grand boom, beaucoup d’hôtels se construisent mais chacun y trouve son compte. Mais en 1998, c’est le déclin avec un petit regain en 2002 quand, apeurés par les attaques terroristes aux sud, les touristes envahissent les autres régions de Bali.

Elle s’attarde longtemps pour parler des plages, c’est un sujet douloureux maintenant.
Et pour cause… en voulant développer la région, les habitants en ont détruit le principal attrait touristique.

Ils utilisaient le corail, pris directement dans la mer et réduis en cendre en le brûlant, pour faire du ciment ou une sorte de chaux pour les murs. Et ils ont fait beaucoup de dégâts. Ils allaient dans la mer et cassaient le corail avec des barres de fer pour ensuite le transporter dans des paniers et l’amener à la fabrique.

On disait alors que les femmes de Sengkidu étaient plus belles que celles des autres villages parce qu’elles étaient blanches, couvertes de poussière de corail…

Parce que Sengkidu, Candidasa, c’était les deuxièmes plus belles plages de Bali. Du sable blanc à perte de vue et des coraux extraordinaires. Et puis, plus de belle plages, la mer à tout rongé à cause de l’érosion…
Les propriétaires d’hôtels comme Maria, construisent des digues en béton, mais il faut sans cesse les renouveler car la mer est vorace ou peut-être veut se venger… Le corail est maintenant, 20ans après, de retour à bien des endroits et le snorkling sur la plage devant chez Maria est formidable !

Nyoman Maria à 51ans aujourd’hui , elle est toujours dans son homestay, où elle vit d’ailleurs, et accueille toujours des touristes. Elle adore ça ! C’est toute sa vie et cet endroit c’est son cocon.
Logé maintenant entre deux grands hôtels, elle résiste et trouve toujours sa clientèle. Elle n’a pas d’ambitions, elle veut que sa vie soit santai (relax) et ne cherche pas à agrandir ou améliorer.

Elle regrette par contre que les gens d’ici n’aient pas de créativité pour attirer les visiteurs. Parce que en dehors de la plongée, ce que veulent surtout les touristes ici, c’est se reposer.
Et même sans les plages, Candidasa est stratégiquement bien située mais il y a peu d’efforts fait pour attirer de nouveaux touristes.
Et puis finalement, on se demande si ce n’est pas plus mal comme ça? Est-ce qu’on voudrait vraiment que Candidasa devienne aussi populaire que le sud de Bali? Pas Nyoman Maria en tout cas! Elle le dit elle-même, ici les locaux sont resté eux-mêmes et c’est une vie bien tranquille à Sengkidu.

Elle nous parle ensuite de la vie à Bali à son époque, tout était plus naturel, les gens étaient plus créatifs et moins fainéants que maintenant. Aujourd’hui tout va bien trop vite et Nyoman Maria sort bien peu de Sengkidu.

Elle a quand même voyagé un peu, en Indonésie et à Bangkok aussi, mais jamais en Europe. C’est trop loin.
Elle a vécut la révolution et l’inflation et se souvient qu’elle avait de la peine à s’acheter à manger à une époque tant les prix pour les locaux étaient élevés.

Elle est douce et calme. Elle inspire la tranquillité, au milieu d’un Bali tourbillonnant.

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Le restaurant, face à la route maintenant, était alors face à la mer avant.
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L’entrée du Homestay de Nyoman Maria
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le premier bungalow construit, qui a subit des modifications au cours des années bien sûr
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Le second bungalow
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Nyoman Maria

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Toujours très active et au petit soin pour ses clients
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Le chemin jusqu’à la mer
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Bienvenue au Homestay Dwi Utama

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Le Homestay de Nyoman est maintenant « coincé » entre deux grands hôtels (cocotier du milieu). La plage est encore belle devant ses bungalows. Une chance.
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Les plages de Candidasa avant
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Avant-après

Auteur : whynotcoconutbali

27ans (et toutes mes dents!), la vie sous les palmiers dans l'Est de Bali!

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